Festival Découverte A à Kinshasa : émergence artistique, visibilité et mise en réseau

Groupe de jeunes danseuses se produisant devant la scène du Festival Découverte A à Kinshasa.

Le 26 août 2017, l’Institut français de Kinshasa accueillait Découverte A, une journée consacrée à différentes formes de création et de performance artistique.

Musique.

Danse.

Peinture.

Photographie.

Sculpture.

Mode.

Performance.

Bande dessinée.

Arts urbains.

Le dispositif associait une scène ouverte, des espaces d’exposition et de vente ainsi qu’une programmation musicale réunissant des artistes à différents moments de leur parcours.

Ciel Bleu faisait partie des structures engagées dans l’organisation et le soutien de l’initiative, aux côtés d’acteurs culturels et artistiques parmi lesquels le collectif Tosala, l’Institut français de Kinshasa et d’autres partenaires de la scène kinoise.

Pris isolément, Découverte A pourrait être lu comme un festival pluridisciplinaire organisé pendant une journée.

Mais son intérêt apparaît davantage lorsqu’on observe son fonctionnement.

Des jeunes créateurs disposaient d’un espace public.

Des pratiques différentes étaient réunies dans un même lieu.

Des institutions, des collectifs et des partenaires contribuaient à produire la visibilité de l’événement.

Des artistes émergents et d’autres déjà davantage identifiés pouvaient apparaître dans une même programmation.

Le festival permet ainsi de poser une question plus générale :

comment une scène culturelle produit-elle des espaces où des pratiques encore peu visibles peuvent rencontrer des publics, des réseaux et d’autres acteurs du secteur ?

Une journée, plusieurs espaces de visibilité

Découverte A ne reposait pas sur un format unique.

Une partie de la programmation se déroulait dans l’espace extérieur de l’Institut français.

Des performances occupaient le parking.

Des créateurs et exposants disposaient d’espaces de présentation.

La Grande Halle accueillait d’autres séquences du programme.

Cette organisation permettait à plusieurs formes de relation avec le public de coexister.

Voir une performance.

Découvrir un objet.

Observer une œuvre.

Rencontrer un créateur.

Assister à un concert.

Circuler d’une pratique à une autre.

Le festival fonctionnait ainsi moins comme une succession de spectacles que comme un espace temporaire de circulation.

La scène ouverte comme seuil d’entrée

La scène ouverte occupait une fonction particulière.

Elle offrait un espace de présentation à des artistes qui ne disposaient pas nécessairement du même niveau de reconnaissance ou d’accès aux circuits professionnels.

Ce type de dispositif réduit temporairement une difficulté fréquente dans les scènes artistiques :

comment devenir visible lorsque l’on ne possède pas encore les réseaux permettant d’accéder aux espaces de visibilité ?

La scène ouverte ne résout évidemment pas cette question à elle seule.

Elle crée un seuil.

Une possibilité d’apparition publique.

Une occasion de tester une proposition.

De rencontrer un public.

D’être regardé par d’autres acteurs du secteur.

Être visible ne signifie pas devenir professionnel

Cette distinction est essentielle.

Participer à un festival ne transforme pas automatiquement un jeune artiste en professionnel.

Une performance publique ne garantit ni contrat, ni revenu, ni programmation ultérieure.

Une exposition ne crée pas automatiquement un marché durable.

Découverte A peut donc être compris comme un espace de visibilité et de mise en relation, plutôt que comme un dispositif de professionnalisation au sens strict.

Il rend certaines trajectoires perceptibles.

Il peut produire des contacts.

Il peut élargir un réseau.

Il peut permettre à un travail d’être vu.

La suite dépend d’autres conditions.

Le marché des arts comme autre forme d’exposition

Le marché organisé parallèlement aux performances introduisait une relation différente avec la création.

Sur scène, une pratique existe pendant un temps déterminé.

Un morceau.

Une danse.

Une performance.

Sur un stand ou dans une exposition, l’objet peut rester visible plus longtemps.

Le public peut s’arrêter.

Observer.

Discuter avec son auteur.

Éventuellement acheter.

Le marché des arts crée ainsi une autre modalité de rencontre entre création et public.

La visibilité artistique n’est plus exclusivement scénique.

Elle devient également relationnelle et parfois économique.

Plusieurs disciplines dans le même dispositif

L’un des aspects les plus intéressants de Découverte A résidait dans son caractère pluridisciplinaire.

Musiciens, plasticiens, photographes, performers, danseurs, créateurs de mode et autres praticiens pouvaient partager un même événement.

Cette proximité ne signifie pas que leurs conditions de travail étaient identiques.

Un musicien ne construit pas sa trajectoire de la même manière qu’un photographe.

Un styliste ne dépend pas des mêmes infrastructures qu’un danseur.

Un plasticien ne rencontre pas nécessairement les mêmes marchés.

Mais leur présence commune permettait momentanément de rendre perceptible la diversité d’une scène créative.

Faire apparaître une scène

Une scène culturelle ne devient pas visible uniquement parce que des artistes existent.

Il faut également des moments où leur coexistence peut être perçue.

Un festival peut remplir cette fonction.

Il rassemble.

Concentre.

Met en présence.

Ce qui est habituellement dispersé dans différents ateliers, quartiers, écoles, collectifs ou réseaux apparaît pendant quelques heures dans un même espace.

Découverte A rendait ainsi visible non seulement des artistes individuels, mais une partie de l’environnement culturel dans lequel ils évoluaient.

L’Institut français comme infrastructure d’accueil

Le choix de l’Institut français de Kinshasa est important.

Un lieu culturel institutionnel offre des ressources particulières.

Des espaces identifiables.

Une programmation.

Un public déjà constitué.

Des équipements.

Une capacité de communication.

Une légitimité symbolique.

Accueillir un événement consacré à de jeunes pratiques artistiques dans un tel lieu produit donc un changement de contexte.

Une pratique qui se développe ailleurs dans la ville entre momentanément dans un espace culturel institutionnel.

Cette rencontre entre pratiques émergentes et infrastructure établie constitue l’une des dimensions les plus intéressantes de l’événement.

L’institution ne produit pas seule la scène

Cette configuration ne doit toutefois pas conduire à attribuer toute la dynamique à l’institution qui accueille.

Découverte A reposait sur plusieurs acteurs.

Des collectifs.

Des organisateurs.

Des structures culturelles.

Des médias.

Des partenaires.

Des créateurs.

Des artistes.

Le lieu institutionnel fournissait une infrastructure importante.

Mais la programmation existait parce que plusieurs réseaux y convergeaient.

La scène culturelle apparaît donc ici comme le résultat d’une coopération entre des acteurs de statuts différents.

Ciel Bleu comme acteur de médiation

Ciel Bleu participait à cette construction.

Son implication ne consistait pas seulement à publier une information après l’événement.

La structure faisait partie des acteurs mobilisés autour de son organisation et de sa visibilité.

Cette position correspond à une fonction que plusieurs archives de la même période permettent aujourd’hui d’identifier plus clairement.

Mettre en relation.

Communiquer.

Accompagner des projets.

Mobiliser des réseaux.

Faciliter la présence d’acteurs dans des espaces de visibilité.

Ciel Bleu intervenait ainsi dans un environnement où l’action culturelle et la médiation se superposaient souvent.

Organiser sans tout produire

Cette expérience montre également qu’une structure culturelle n’a pas besoin de produire elle-même toutes les œuvres ou toutes les activités d’un événement pour y jouer un rôle.

Elle peut contribuer en créant des relations.

En facilitant une coordination.

En assurant une communication.

En connectant des interlocuteurs.

En participant à la construction d’un cadre collectif.

Cette fonction d’intermédiation constitue une partie importante du fonctionnement des écosystèmes culturels.

Le collectif comme niveau intermédiaire

Entre l’artiste individuel et la grande institution existe également un autre niveau :

le collectif.

Découverte A montre l’importance de ces structures intermédiaires.

Un collectif peut identifier des artistes.

Créer des solidarités.

Produire des projets.

Partager des compétences.

Négocier plus facilement avec des institutions.

Donner une visibilité commune à plusieurs pratiques.

Ces structures jouent souvent un rôle majeur dans l’émergence artistique, précisément parce qu’elles permettent de transformer des pratiques individuelles en présence collective.

Du talent à l’infrastructure

L’expression « jeune talent » est fréquemment utilisée dans les programmations culturelles.

Elle met l’accent sur les qualités individuelles.

Talent.

Créativité.

Potentiel.

Mais une trajectoire artistique ne dépend pas uniquement de ces qualités.

Elle dépend aussi de l’accès à des infrastructures.

Un lieu de répétition.

Un espace d’exposition.

Une scène.

Un réseau.

Une personne qui transmet une information.

Une structure capable d’organiser un événement.

Un média qui documente une pratique.

Un public.

Découverte A permet donc de déplacer légèrement la question.

Il ne suffit pas de demander :

qui possède du talent ?

Il faut également demander :

quelles infrastructures permettent à ce talent de devenir visible ?

La visibilité comme construction

Une photographie du festival permet aujourd’hui de voir cette infrastructure en fonctionnement.

Des interprètes occupent l’espace.

Une scène est installée.

Des dispositifs techniques sont présents.

L’identité de l’événement apparaît.

Des partenaires sont visibles.

Le public peut circuler autour des performances.

La photographie ne documente donc pas seulement une chorégraphie.

Elle montre les conditions matérielles et institutionnelles de sa visibilité.

C’est ce qui lui donne aujourd’hui sa valeur d’archive.

Le rôle des médias

L’événement était également pensé comme un objet de communication.

Son association à l’émission culturelle « Culture A » et sa diffusion médiatique annoncée élargissaient potentiellement son public au-delà des personnes physiquement présentes à l’Institut français.

Cette dimension est importante.

Une scène artistique contemporaine existe à la fois dans des lieux et à travers les médias qui la rendent visible.

Télévision.

Radio.

Presse.

Sites culturels.

Photographies.

Réseaux de communication.

Les médias produisent ainsi une seconde scène.

Une scène de représentation.

Voir l’événement après l’événement

Cette seconde scène possède une autre temporalité.

Une performance disparaît lorsqu’elle se termine.

Une photographie peut rester.

Une vidéo peut circuler.

Un article peut être retrouvé plusieurs années plus tard.

La communication n’a donc pas uniquement pour fonction d’attirer un public avant ou pendant l’événement.

Elle produit également des traces.

C’est grâce à celles-ci qu’il est aujourd’hui possible de reconstruire une partie du Festival Découverte A de 2017.

Une journée ne suffit pas à structurer un secteur

Il faut néanmoins éviter de demander à l’événement plus qu’il ne peut produire.

Un festival d’une journée ne transforme pas à lui seul une scène artistique.

Il ne résout pas les problèmes de financement.

Il ne garantit pas la continuité des collectifs.

Il ne crée pas automatiquement des emplois.

Il ne donne pas à chaque participant une trajectoire professionnelle.

Sa contribution se situe à une autre échelle.

Créer un moment de visibilité.

Mettre des personnes en relation.

Rassembler plusieurs pratiques.

Tester un format.

Produire des traces.

Ouvrir éventuellement d’autres possibilités.

Émergence et continuité

La notion d’émergence culturelle contient elle-même une difficulté.

On parle facilement d’« artistes émergents ».

Mais émerger vers quoi ?

Vers une programmation régulière ?

Un marché ?

Une reconnaissance critique ?

Une carrière ?

Une autonomie économique ?

Un réseau professionnel ?

Toutes ces dimensions ne se confondent pas.

Un événement comme Découverte A peut constituer une étape dans une trajectoire.

Il ne peut en garantir l’issue.

Cette prudence permet de reconnaître la valeur du dispositif sans lui attribuer des effets que nous ne pouvons pas documenter.

Une scène composée de plusieurs niveaux de reconnaissance

La programmation du festival mettait également en présence des jeunes créateurs et des artistes déjà davantage identifiés par le public.

Cette coexistence crée un autre type de relation.

Elle rapproche différents niveaux de visibilité.

Un jeune participant peut se produire dans un événement où apparaissent également des artistes possédant une expérience scénique plus établie.

Cela ne supprime pas les écarts entre leurs trajectoires.

Mais cela contribue à inscrire leurs pratiques dans un même espace culturel public.

De la découverte à la reconnaissance

Le nom même de l’événement — « Découverte A » — place la découverte au centre du dispositif.

Découvrir suppose que quelque chose existait déjà avant d’être vu.

L’artiste n’est pas créé par la scène.

La pratique ne naît pas au moment où elle devient publique.

L’événement intervient à un autre moment :

celui où une pratique rencontre un regard extérieur.

Cette distinction est importante pour comprendre la visibilité culturelle.

Rendre visible n’est pas produire l’existence d’un acteur.

C’est modifier les conditions dans lesquelles son existence peut être reconnue.

Une archive de l’écosystème culturel kinois

Relue près de dix ans plus tard, cette journée possède une valeur différente.

En 2017, il s’agissait de promouvoir un événement et les artistes qui y participaient.

Aujourd’hui, l’archive permet d’observer un fragment de l’écosystème culturel de Kinshasa.

Un Institut français.

Des collectifs.

Une structure comme Ciel Bleu.

Des médias.

Des partenaires.

Des artistes de plusieurs disciplines.

Des publics.

Des infrastructures techniques.

Des mécanismes de visibilité.

L’intérêt ne réside donc plus seulement dans la programmation.

Il réside dans les relations.

Une étape dans le parcours de Ciel Bleu

Cette archive documente également une phase particulière du parcours de Ciel Bleu.

Après des expériences dans l’éducation, la formation, la structuration de réseaux, la coopération culturelle et la mobilité artistique, la structure apparaît ici engagée dans un dispositif consacré à la visibilité des scènes émergentes.

Le point commun n’est pas un secteur artistique précis.

Il est relationnel.

Créer des connexions.

Faciliter des passages.

Produire de la visibilité.

Faire circuler l’information.

Mettre des acteurs en présence.

Ces fonctions constituent aujourd’hui l’un des fils permettant de relire le parcours historique de Ciel Bleu sans le réduire à une succession d’événements.

Conclusion

Festival Découverte A permet d’observer une scène culturelle depuis ses infrastructures de visibilité.

Une performance existe grâce à des artistes.

Mais son apparition publique dépend aussi d’un lieu.

D’une programmation.

De partenaires.

De moyens techniques.

De collectifs.

De personnes chargées de coordonner.

De médias capables de prolonger sa visibilité.

Et d’un public prêt à rencontrer ce qui lui est proposé.

Le festival n’a pas transformé automatiquement ses participants en professionnels.

Il n’a pas résolu les fragilités structurelles de la création émergente à Kinshasa.

Mais il a produit quelque chose de plus précis et de documentable :

un espace temporaire dans lequel des pratiques, des acteurs et des institutions pouvaient devenir visibles les uns pour les autres.

C’est dans cette articulation entre émergence artistique, visibilité, intermédiaires et mise en réseau que Découverte A trouve aujourd’hui sa place dans Kultur Insights.


Note éditoriale — Cet article est issu d’un texte de Blaise Puala initialement publié sur Ciel-Bleu.org le 27 août 2017 à la suite du Festival Découverte A organisé la veille à l’Institut français de Kinshasa. Ciel Bleu faisait partie des structures engagées dans l’organisation et le soutien de l’événement, auquel Blaise Puala participait directement et qu’il a également documenté photographiquement sur place. La présente version a été entièrement reprise, vérifiée et rééditée pour la bibliothèque Kultur Insights afin de préserver sa valeur d’archive de terrain tout en recentrant l’analyse sur les mécanismes de visibilité, de mise en réseau et de médiation qui contribuent à faire émerger une scène artistique.

Défiler vers le haut